Imagine que tu pars en montagne un beau dimanche pour un barbecue familial.

Comme l'année dernière à la même époque, et comme celle d'avant, tu as été la veille camper de l'autre côté de la rivière, te tremper les baskets et le froc jusqu'au genoux en glissant sur les pierres branlantes, t'écarter pour laisser traverser le gros 4x4 chargé jusqu'au plafond de tout le barda, te faire sauter dessus par le chien de montagne du coin pas attaché et ses grosses pattes boueuses sur ton pantalon clair, monter les tentes dans la pénombre, te cramer les doigts avec les brochettes toutes chaudes, les rafraichir aussitôt au contact de la binouse sortie de l'eau glacée, jouer un time's up family à l'anglaise à la lueur des torches, tenter de dormir un peu entre les hurlements d'une meute de hyènes à 4h du mat et les rêves agités de ta progéniture à 1h, 3h et 5h30, te faire réveiller au petit matin quand enfin tu t'endors parce qu'il est temps de tout remballer, découvrir l'état de loqueteux des 3 nains couverts de poussières de la tête aux pieds, le jus de la pastèque du petit dèj dégoulinante en bavoir.
Parce que tu es addict de ce contact primaire avec la nature et des instants de grâçe partagés dans ces conditions, tu y retournes, et oui, tu y retourneras encore. Boukra inch'halla.

Alors le lendemain donc, sans douche et sans rechange, tu as prévu un barbec dans un autre coin, avec d'autres gens. Qui te voient arriver la tronche de travers et les fringues en vrac (et inversement). Mais c'est pas grave parce que tu ne vas pas au restau mais en haut, tout en haut, de la montagne. Là où tes talons de 12 et ton cabriolet ne te seront d'aucune utilité, comme ton portable qui ne passe pas. Qui ne pourrait donc même pas te permettre d'appeler les secours en cas de balles perdues, celles tirées par tes voisins de pique-nique, qui se selfient entre potes avec leur kalash à moins de 5 m de toi.

Imagine.